Jeûner est un acte naturel.

Chaque nuit, nous jeûnons en ajustant exactement la disponibilité de nos réserves énergétiques à nos besoins qui sont loin d’être nuls (on continue à respirer, digérer, à réparer et surtout à penser…) tout cela sans s’en apercevoir. Au-delà de la nuit, au bout de quelques heures sans apport alimentaire, des phénomènes physiologiques ‘‘d’endonutrition’’ se poursuivent et s’enchaînent, en permettant une autonomie énergétique basée sur la consommation de nos différents types de réserves (successivement : glucides circulants et glucides stockés dans les muscles et le foie, protéines en grande partie préservées par des mécanismes sophistiqués d’épargne, et surtout lipides). Cette heureuse capacité naturelle à jeûner a préservé les espèces vivantes, dont la nôtre, confrontées à des indisponibilités nutritionnelles d’origine climatique ou guerrière depuis des millions d’années.

Tout régime restrictif aggrave la prise de poids

Aujourd’hui, l’abondance alimentaire a inversé ces processus. De nouveaux algorithmes épigénétiques nous ont adaptés et transformés. Notre culture a accepté cette aubaine et a oublié l’inquiétante recherche quotidienne de nourriture. Nos organismes, à trop stocker et à trop peu dépenser, souffrent. Parmi les nombreuses maladies qui en découlent, l’obésité représente un contrecoup, pronostic majeur aux années gagnées sur les épidémies, les guerres et la famine. Elle aggrave la santé des occidentaux sans que la médecine ne trouve des réponses thérapeutiques efficaces et durables. Tenter par tous les moyens de diminuer les quantités ingérées par de multiples régimes est le seul modèle proposé depuis des décennies avec une efficacité retrouvée dans toutes les études depuis des années de l’ordre de 10% à long terme. On sait maintenant que tout régime restrictif aggrave la prise de poids par effet Yo-yo lié à notre adaptation physiologique à toute pénurie par diminution adaptée de notre dépense énergétique de base sans retour possible au niveau initial.

 

Devant plus de 30 ans d’échec, il a fallu réfléchir. La médecine propose actuellement la chirurgie métabolique (ou bariatrique). Le principe est simple. On supprime une grande partie de l’estomac (Sleeve Gastrectomy) en associant ou non une dérivation (heureusement partielle) de notre organe d’assimilation, l’intestin (By-pass). Il s’agit d’un ultime paroxysme du principe de restriction (le plus traumatisant) dont les effets physiopathologiques néfastes sont connus depuis de très nombreuses années et décrits ci-dessus. Ramener le traitement de l’obésité au seul objectif de diminution de la corpulence est non seulement réducteur mais surtout peu propice à l’appropriation par les patients de la notion de chronicité, notion indispensable pour inciter à une prise en charge permanente et globale.

 

En France, le jeûne n’est pas proposé comme une solution thérapeutique de l’obésité et ses effets ignorés par la majorité du corps médical français, probablement faute d’enseignement, échappent encore à notre culture alors que l’Allemagne, entre autres pays, rembourse ces soins. Pourquoi ces différences ? Qu’apporte le jeûne par rapport aux différents types de chirurgie bariatrique ? Il n’existe malheureusement pas à ma connaissance d’études comparatives entre ces deux méthodes pour le traitement de l’obésité. Ce sont deux modèles qui paraissent similaires au premier regard. En fait, ils sont diamétralement opposés.

 

Notre expérience montre que nos pratiques du jeûne, toujours associées à une approche globale  et donc pluridisciplinaire (reprise d’activité physique adaptée, éducation thérapeutique, accompagnement diététique et psychologique, dépistage et traitements des troubles du sommeil…) aboutissent chez des personnes obèses (IMC* > 30) à une perte de poids régulière (15 kg en 6 mois) et durable (30 kg en 1 an), sans effets traumatisants. Dans l’indication de perte de poids au long cours le jeûne proposé est le plus souvent de type intermittent (jeûne quotidien de 16 heures en supprimant soit le petit déjeuner, soit le diner, afin de prolonger la diète de la nuit) associé à une éducation en nutrition dans l’objectif d’éviter les erreurs alimentaires pour les repas restants. Les français ne pratiquent pas le jeûne pour maigrir mais acceptent de plus en plus les interventions métaboliques (60 000 personnes environ se font opérer chaque année. Cela réprésente environ 4,3 % des opérations digestives). Tout est remboursé par l’assurance maladie et les mutuelles. Nous sommes le 2ème pays à pratiquer ces opérations dans le monde, après les Etats Unis, sans toutefois avoir la même proportion de malades obèses (18% contre 47 %). La prise en charge par les caisses explique probablement en partie cette dérive française.

 

Il existe aujourd’hui un rationnel scientifique suffisamment important en faveur du jeûne thérapeutique notamment dans le cadre de la prévention des pathologies cardiovasculaires et métaboliques pour réagir et proposer une alternative à une chirurgie traumatisante. Les indications de l’un ou l’autre traitement devront se répartir en fonction des profils cliniques, psychiques des malades et, quelle que soit la méthode, être associées aux soins décrits plus hauts (accompagnement à court et long terme). Il nous appartient en tant que soignants de rompre avec les fausses certitudes et d’harmoniser les pratiques par le partage et l’enseignement de connaissances validées. Cela requiert la possibilité d’un choix (ce qui n’est pas le cas en France) de la part des personnes concernées par le surpoids et l’obésité, médecins et malades. Le tableau ci-contre compare les deux types de prise en charge. Dans nos centres Jeûne & Santé, notre approche est globale et personnalisée. Elle prépare le patient à des changements de comportements et d’habitudes au long court, sans traumatisme