Quand on pense antiinflammatoire, on pense médicaments (cortisone, acide acétylsalicylique, ibuprofène…) Pourtant des études déjà anciennes pour certaines publiées par Lithell (1983), Palmblad (1991), Min Wei (2017) et Valter Longo (2019) nous affirment que le jeûne est anti-inflammatoire ! Qui sont ces individus impertinents qui assurent de telles inepties ?

Ils sont médecins internistes hospitaliers et chercheurs. Ils ont publié dans des revues de haut niveau scientifique. En 1983 pour Lithell (1), en 1991 pour Palmblad (2, c’était il y a longtemps d’accord… En 2017 pour Min Wei (3) et en 2019 pour Valter Longo (4). Ce qu’ils disent est inattendu, révolutionnaire, dérangeant. Ils prétendent que le jeûne est anti inflammatoire ! On croit rêver ! Pourtant leurs affirmations s’appuient sur des études irréprochables scientifiquement. Premièrement celle de Lithell en 1983…Qu’en est-il exactement ? Prenons exemple de la polyarthrite rhumatoïde, maladie inflammatoire auto-immune centrée sur les articulations.

Des anticorps déréglés

L’auto-immunité correspond à un dérèglement de notre immunité. Nos propres anticorps (soldats donc censés nous défendre) sont déréglés. Devenus incohérents ils s’attaquent à nos articulations. La nuit, quand on ne bouge pas, ils « rongent » consciencieusement ces articulations qui se défendent logiquement par une réaction inflammatoire. Le patient présente des douleurs articulaires nocturnes jusqu’au petit matin et la destruction lente de ses articulations entraîne petit à petit un enraidissement matinal de plus en plus important. L’enraidissement au début peut n’être accompagné que d’un simple gonflement de l’articulation. Il cède lors des mouvements une fois réveillé après « dérouillage » matinal. La raideur peut durer de quelques minutes à plusieurs heures avant de s’atténuer dans la journée avec le mouvement qui réparti les anticorps également dans l’articulation. Le temps de raideur matinal est un marqueur de l’inflammation. Son augmentation aboutit à une perturbation progressive des activités de la vie quotidienne et peut conduire à une véritable incapacité. Il existe beaucoup d’autres maladies auto-immunes. Si les anticorps déréglés s’attaquent à la glande thyroïde, le principe pathologique est à peu près le même. Seule la cible change et on assiste à une thyroïdite. Si les anticorps déréglés s’attaquent aux cellules de l’intestin, les pathologies les plus handicapantes sont la rectocolite hémorragique ou la maladie de Crohn, entre autres. Si la cible est la substance blanche (myéline) des neurones il s’agit alors d’une sclérose en plaque. Il faut bien comprendre que toutes ces maladies auto-immunes ont un mécanisme pathologique d’origine comparable à la polyarthrite rhumatoïde, c’est la cible qui change.

La baisse des douleurs articulaires

En 1983 Lithell et ses collaborateurs montrent la fonction anti-inflammatoire du jeûne dans la polyarthrite rhumatoïde. Le plus spectaculaire dans ce travail est la baisse des douleurs articulaires mesurées par l’indice de Ritchie qui évalue la douleur de 53 articulations prédéfinies quand on les pince:
O pas de douleur,
1 douleur à la palpation,
2 douleur et sursaut.
3 sursauts et retrait.
Puis on fait la somme des évaluations. Le tableau ci-dessous montre une baisse spectaculaire de l’indice de Ritchie lors du jeûne (fasting) de 13 patients présentant une polyarthrite rhumatoïde.

Index ce Ritchie comparant la douleur articulaire chez des jeûneurs (fasting) et des non jeûneurs contrôles (différence significative avec p<0.01)

Cela signifie que les articulations sont nettement moins douloureuses lors d’un jeûne quand on a une polyarthrite rhumatoïde ! Un médicament qui produirait un tel effet, susciterait un intérêt immédiat pour le financement de sa production et sa mise sur le marché ! Mais pour le jeûne, en 1983, on trouve juste cela intéressant et le grand public n’est pas mis au courant de cette bonne nouvelle.

21 patients, 7 jours de jeûne

En 1991, c’est l’étude du Suédois Palmblad, médecin interniste, qui confirme l’effet anti-inflammatoire du jeûne dans la polyarthrite rhumatoïde. L’auteur fait jeûner 7 jours 21 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. L’effet est surprenant, le jeûne a sur eux un effet comparable à la cortisone. Autrement dit les patients qui avaient en moyenne presque deux heures de raideur matinale, n’ont plus que vingt minutes de dérouillage ! (Tableau ci-après, colonnes rouges) D’autres marqueurs comme l’index articulaire déjà décrit par Lithell diminue de 1/3 (colonnes jaunes) et un marqueur biologique de l’inflammation, la vitesse de sédimentation* diminue aussi de 1/3 ! (Colonnes vertes).

L’ensemble de ces résultats spectaculaires a de quoi intéresser normalement le monde entier ! Il s’agit de véritables études scientifiques. Elles montrent que le jeûne apporte la preuve d’une amélioration clinique et para clinique incontestable ! Elles montrent que le jeûne a des effets anti-inflammatoires dans la polyarthrite rhumatoïde !

Qu’en est-il des autres pathologies auto-immunes et inflammatoires ?

Les pathologies digestives (maladies de Crohn et rectocolites hémorragiques) évoluent par poussées inflammatoires de durée et de fréquence extrêmement variables en fonction des patients, alternant avec des phases de rémission. Cela rend les études difficiles. Valter Longo (4) a étudié chez des souris type DDS (génétiquement prédisposées à avoir des maladies inflammatoires du tube digestif), l’effet de cycles de diètes imitant le jeûne (Fasting Mimicking Diet : FMD).
Il a constaté qu’après 4 cycles de 3 jours de diète :
• Une réduction de l’inflammation intestinale
• Une augmentation de la longueur du tractus
• Une stimulation des défenses liées au microbiote,
• Un changement de profil des cellules immunitaires, en termes de répartition
• Une réduction des taux des marqueurs biologiques de l’inflammation.

Chez l’homme d’autres études de la même équipe retrouvent les promesses des études faites chez la souris. Dans un essai clinique publié en 2017 (3) un collaborateur de Valter Longo a pu contrôler le degré d’inflammation systémique par la mesure d’un marqueur classique de l’inflammation: la protéine C réactive ultrasensible ou CRPus. 100 volontaires sains au départ (61 retenus) recrutés entre avril 2013 et juillet 2015 ont été formés pour la diète FMD (3 cycles de 5 jours de diète espacés de 25 jours.). Avant les cycles, tous les sujets même en bonne santé clinique ne présentaient pas une CRPus parfaitement basse. Après les périodes de FMD toutes les CRPus étaient normalisées et basses (inférieure à 1 mg/ litre) chez tous les volontaires à la fin des cycles. Si l’inflammation n’était pas visible cliniquement chez ces volontaires sains, elle avait été détectée à minima par la CRPus qui s’est normalisée à la fin des cycles ce qui tend à confirmer que je jeûne type FMD notamment, a des effets anti-inflammatoires.

Des travaux qui passent relativement inapercus. Pourquoi ?

Tous ces travaux passent relativement inaperçus dans le monde scientifique et médical et reste totalement invisible aux yeux du grand public. Pourquoi ? Probablement parce qu’on n’a pas encore d’explications physiologiques consensuelle et suffisantes pour comprendre ces effets anti-inflammatoires. Il existe pourtant de nombreuses pistes pour expliquer ces incroyables améliorations cliniques et biologiques par la seule action de jeûner. Un prochain article précisera ces pistes. En attendant, de nombreux médecins soulagent leurs malades en leur proposant de jeûner. Ce sont des précurseurs !

Par le Dr Christian Bouchot