Pour perdre du poids, les régimes, à long terme, sont vains. Malgré plusieurs décennies d’échec, les médecins spécialistes de l’obésité et les établissements de santé recevant des malades obèses ou simplement en surpoids, continuent à reproduire les erreurs du passé en proposant de rééquilibrer des apports alimentaires, de les diminuer, et d’augmenter les dépenses énergétiques grâce à une reprise d’activité physique adaptée (« manger moins et bouger plus »). Cela n’a jamais marché, notre organisme étant programmé pour s’adapter aux périodes de disette en diminuant ses dépenses en cas de diminution des apports alimentaires.  En toute connaissance de cause, les médecins de ces établissements se résignent ainsià stabiliser un poids ou un diabète et ont abandonné l’idée d’accompagner les malades obèses vers la perte de poids.

Abandonner, pas tout à fait car les chirurgiens ont inventés une alternative à l’échec décrit plus haut : la chirurgie bariatrique. Il s’agit de proposer soit de réduire la taille de l’estomac (« Sleeve gastrectomy »), soit de court-circuiter une partie de l’intestin afin de diminuer l’absorption des nutriments (« by-pass »). Devant l’épidémie d’obésité que connait la France, ce type de chirurgie est devenu le « gold standard » thérapeutique malgré ses 1% de mortalité (By-pass), ces 20% de complications souvent irréversibles, ses carences logiques et les échecs à long terme. Chaque année, de plus en plus de malades obèses se font opérer (environ 60 000/an actuellement avec environ 500 000 patients opérés au total en France). Pourtant, à long terme, ça ne marche pas ; pour les mêmes raisons que les régimes restrictifs. Le corps dépense moins si l’apport en énergie alimentaire est diminué. Le taux de réussite de cette chirurgie est directement lié au suivi médical, diététique et psychologique des personnes opérées. En France seul 12% des opérés sont réellement (bien) suivis. Avec le temps le poids se stabilise puis ré augmente petit à petit du fait de l’augmentation en fréquence des apports alimentaires et de la reprise d’aliments sucrés. Tant qu’il y a un apport alimentaire extérieur, la perte de poids n’est jamais définitive.

La lutte contre l’obésité est le jeûne. C’est le seul moyen. La chirurgie bariatrique réduit de façon draconienne la taille du bol alimentaire mais n’est pas un jeûne. Il ne permet pas la redistribution énergétique physiologique déclenchée par l’arrêt de l’alimentation (car il n’y a pas arrêt de l’alimentation). Cette redistribution, on l’apprend en première année de médecine. Puis on l’oublie. Pourtant rien de plus naturel que de jeûner en période de pénurie alimentaire. Nos ancêtres ont survécus grâce à cette faculté de pouvoir vivre plusieurs jours, plusieurs semaines voire plusieurs mois sans manger sans perdre les facultés essentielles à leur survie : penser et marcher. Ne pas manger et ne pas mourir de faim, cela sous-entend une solution : exploiter notre tissu graisseux.Il est notre organe de réserve énergétique. C’est son unique rôle. Il doit fournir de l’énergie en cas de pénurie ; il le fait très bien. Il doit aussi accumuler de l’énergie en cas d’alimentation régulière et riche ; il le fait aussi très (trop) bien. En effet, tant que les apports sont supérieurs aux dépenses, le stock de graisse augmente, quasiment sans limite. En France, nous vivons actuellement une époque d’abondance sans réelles limites alimentaires. Et nous grossissons.

Le jeûne, inverse cette inflation graisseuse en la mettant à disposition. Pendant les premières heures on exploite d’autres réserves ; le sucre circulant dans nos vaisseaux puis celui directement accessible au niveau du foie. Ces réserves durent quelques heures et notre tissu graisseux intervient alors en transformantles triglycérides en glycérol, en acides gras et en corps cétoniques. Le glycérol est transformé en partie en glucose par le foie et le reste des triglycérides est convertis en corps cétoniques, molécules adaptées à la survie, et devient la « nourriture » privilégiée du cerveau. En effet, l’énergie fournie au niveau du tissu nerveux par les corps cétoniques représente 75% de la demande ; le reste est fourni par le glucose circulant restant. Ce n’est pas un remplaçant diminué mais au contraire, très stimulant. Nos ancêtres, en période de famine, ne pouvaient pas se permettre de diminuer leurs facultés mentales.  Il fallait trouver des solutions. Les corps cétoniques permettent cette clairvoyance et cette disponibilité intellectuelle.

Il reste les protides. Ceux qui ne connaissent pas la physiologie du jeûne pourraient craindre une perte excessive de nos réserves protidiques (situées dans nos muscles). Il n’en est rien. Pendant le jeûne, l’augmentation de la sécrétion de l’hormone de croissance, la faculté d’autophagie de nos tissus et la pratique d’activités physiques dont la marche réduisent efficacement ce risque.

En cas d’obésité, en théorie, il serait possible de jeûner plusieurs semaines, voire plusieurs mois. On aboutirait à une perte de poids rapide et efficace. Notre mode de vie actuelne nous permet pas de poursuivre facilement un jeûne trop long pour des raisonsfamiliales, sociales et culturelles. Pourtant l’arrêt du jeûne signifie une reprise de poids inéluctable chez des personnes obèses, même bien conseillées sur le plan nutritionnel. En effet, l’obésité est une maladie chronique imposant des mesures permanentes. Pour perdre du poids, il existe d’autres solutions. Après une semaine de jeûne complet, à titre d’initiation, dans de bonnes conditions de sécurité et de rupture de stress, il est possible de poursuivre un jeûne. Il devient simplement intermittent. On maintient la fabrication des corps cétoniques en tant que « carburant » en diminuant le nombre des repas. La plupart des publications médicales confirment l’intérêt d’espacer de 16 heures au moins deux repas. Certains choisissent de supprimer le diner, d’autres le petit-déjeuner pour profiter du jeûne obligatoire de la nuit. La poursuite de la perte de poids est enclenchée d’autant que certaines règles de diététiques, apprises auparavant, sont respectées. Il ne s’agit pas de se frustrer lors des repas maintenus mais de savourer des plats préalablement  préparés. Cela n’empêche en aucune façon un écart lors des fêtes de famille ou entre amis. Les repas sont des moments de convivialité à préserver coûte que coûte.

Maigrir est donc possible, physiologiquement et sans risque (puisque physiologique).

Par le Docteur Philippe Guérin