Les effets thérapeutiques des pratiques de jeûne ont été décrits dans la première partie de ces présentations consacrées à l’inflammation. La pratique du jeûne ne doit jamais être isolée et pendant nos séjours « Jeûne & Santé », l’équipe propose la pratique d’autres activités afin d’optimiser la lutte contre l’inflammation et ses effets pervers.

Les activités physiques

Les personnes souffrant de maladies chroniques (obésité, diabète, maladies neurodégénératives…) sont souvent des personnes sédentaires avec déconditionnement musculaire important et périmètres de marche restreints. Cette sédentarité réduit l’espérance de vie de façon dramatique (environ 70 000 décès prématurés par an en France, plus que le tabagisme car affectant plus de monde); cela est expliqué par l’accumulation de protéines et d’organites cellulaires dysfonctionnelles qui entrainent la dégénérescence et la mort de nos cellules.

La sédentarité favorise de façon pernicieuse les phénomènes de vieillissement en « apparente bonne santé » (1-2)  et renforce toutes les causes de mortalité (3).

Lutte entre protéines pro-inflammatoires et protéines anti-inflammatoires

L’activité physique entraine la production de protéines qu’on peut qualifier de standard (cytokines) lors de la survenue d’un stress (l’effort est un stress !) et d’autres plus spécifiques, les myokines, secrétées par les muscles en action. Les premières, pro inflammatoires, réagissent au stress que représente l’effort. En réaction, d’autres cytokines anti-inflammatoires sont fabriquées et secrétées en protégeant l’organisme. C’est donc l’entrainement et une activité physique régulière qui stabilise cet effet anti-inflammatoire.

Les myokines sont alors fabriquées en fonction de la durée et de l’intensité de l’activité physique. L’une d’elle, l’Irisine, induit des modifications du tissu adipeux sous cutané en stimulant la fabrique de graisses brunes, actives sur notre capacité à réguler notre température(4) ; mais la principale qualité de l’Irisine est de favoriser l’autophagie, phénomène complexe qui permet la digestion cellulaires de métabolites endommagées dans un but d’épargne et de sauvegarde des cellules ou au contraire, permet la destruction de cellules endommagées et potentiellement dangereuses pour l’organisme.

Synergie du jeûne et de l’activité physique

Ces phénomènes protecteurs d’autophagie sont induits par l’exercice et par des situations de « famine cellulaire »rencontrées notamment lors des pratiques de jeûne. Les activités physiques adaptées (travail en endurance et en résistance) et le jeûne ont donc des actions synergétiques en amplifiant le processus autophagique, en agissant sur le métabolisme du glucose (lutte contre la résistance à l’insuline) et en réduisant l’inflammation systémique. En pratique, la sédentarité rend la reprise d’activités physiques difficile. Il s’agit donc de proposer des programmes personnalisés de remise en marche ou de pratiques sportives adaptées, comparables aux entrainements des sportifs.

 Progressivité et régularité de l’activité physique, est ce une clé?

Des activités régulières, d’intensité progressive,  sont les garants d’un retour à une meilleure autonomie et à une diminution de l’inflammation globale de nos organismes.

Contrairement à certaines croyances tenaces, l’activité physique modérée et régulière ne fait pas maigrir. Elle est pourtant indispensable et suffisante pour enclencher les phénomènes anti-inflammatoires décrits ci-dessus; elle aide aussi au bien-être, réduit le stress et indirectement aide à perdre du poids.

En séjour « Jeûne & Santé »,  les activités physiques sont quotidiennes. Pour maitriser les pathologies chroniques, une « cure » ne suffit pas. Il est important de comprendre qu’il faudra s’organiser « en post jeûne » pour continuer à pratiquer des activités sportives régulières. Le minimum conseillé par nos tutelles de santé est de pratiquer la marche 30 mn par jour (ou 150mn par semaine)*. Il faudrait ajouter à ce strict minimum des exercices de résistance (travail avec élastiques, avec poids…) qui permettent d’accélérer les phénomènes d’autophagie et de diminuer l’inflammation systémique.

Nous verrons dans le troisième dossier que d’autres traitements non médicamenteux sont bénéfiques pour notre santé en combattant, une fois encore, efficacement une inflammation inappropriée.

*On marche mieux si on a un objectif. Peu importe lequel. Marcher sur les chemins de Compostelle, faire son marché en tentant de découvrir les fruits ou les légumes d’une recette nouvelle de saison, se balader dans le but de découvrir un jardin, des reflets de couleurs au jeu du soleil, des paysages à photographier ou tout simplement marcher ensemble et parler, tout est bon. Nous sommes des chasseurs-cueilleurs et nous nous révélons grâce à cette petite curiosité propre à notre espèce qui nous mobilise et nous fait dépasser l’effort initial (4-5-6)

Docteur Philippe Guérin

Sources

(1) Mirko Pesce and Col. Irisin and autophagy : first update Int J Mol Sci 2020 Oct ; 21(20) : 7587

(2) Charles M. TiptonThe history of “Exercise Is Medicine” in ancient civilizationsAdv Physiol Educ. 2014 Jun; 38(2): 109–117.

(3)https://www.who.int/mediacentre/news/releases/release23/fr/#:~:text=La%20s%C3%A9dentarit%C3%A9%20renforce%20toutes%20les,de%20d%C3%A9pression%20et%20d’anxi%C3%A9t%C3%A9.

(4) BCS Boa and Col. Exercise effects on perivascular adipose tissue: endocrine and paracrine determinants of vascular function. Br J Pharmacol . 2017 Oct; 174 (20): 3466–3481

(5) Bernard Olivier La vie commence à 60 ans. Libretto

(6) Dr Eric Griez Guérir par la marche. Ed. Eyrolles

(7) Pascal Picq. La marche Ed. Autrement